19 août 2011
brouette.
Le problème est qu'il est difficile de voir plus loin que demain sans croiser les yeux. Alors on pense à aujourd'hui en regardant les ennuis de l'heure à venir en se disant qu'on a déjà beaucoup à faire. Chaque instant est une petite vie ; on décide de faire quelque chose, on le fait, puis c'est fini, tout terminé, déterminé à faire autre chose, pour avoir sa dose d'action, sinon réaction.
C'est sacré, ces instants sont sacrément vivants, mais il faut se lancer, une fois dans le bain c'est comme si c'était fait. Ne défait rien, ne jette rien, tu peux encore en avoir besoin. On devrait tous avoir une cave, avoir une case où entreposer nos souvenirs, pouvoir sourire au son du passé dépassé, pour y repasser sans se lasser, enlacer les bouts de papier qui nous parlent sans parler.
Qu'est ce que tu vas faire demain ? Qu'est ce que tu vas faire de tes mains au lever du soleil ? T'en sais rien car tout peut arriver, tout peut tomber du ciel :
- éclairs - pianos
- bombes nucléaires
- cadeaux - poussière - marteaux
- chair- os- sang- peau...
C'est la loterie, le lancer de dés qui fera virer ton corps vers le sud ou le nord. Danse, nuage de sens, passé présent, rampe de lancement 5 6 7 8, fais attention à ne pas aller trop vite.
Fais attention que chaque instant ne devienne pas une petite mort; on décide de faire quelque chose, mais on ne fait rien, et c'est fini, tout terminé, pas déterminé à se réaliser. Rien à garder puisque rien d'assemblé, il m'a semblé pourtant entrevoir l'ombre d'une ombre l'espace d'une seconde.
Tu ne peux prétendre vivre si tes mains restent ivres, si ta case reste vide. Remplis toi des mots des autres, des fautes, des défauts, des faux, des vrais, des décadences et des cadences, des trances, des attentes interminables pour l'heure propice au bonheur. Si rien ne sort de toi, si rien ne prend forme, tu déformes ton être en un puzzle innachevé.
Retour à la case départ si tu peux ; reparti de peu, l'enfant ignorant avance les yeux bandés, cendrés, parmis les grattes ciels et les tours de rêves brisés par le "je laisse tomber", par le "trop compliqué", par la facilité.
Il faut voir beau, voir grand même si c'est simple et petit ; voir loin même si c'est près, demain de l'autre côté. Le problème est qu'il est difficile de voir plus loin que demain sans croiser les yeux.
Tant qu'on ne croise pas les bras...
05 décembre 2010
Inventer une langue est le meilleur moyen de s'exprimer
net najdame
narhal ajirh
at bdalerhe
hansem namat
jinem adal
berhendi nam
siem salemat
siem salemat
( pas de liberté
dans mon esprit
tant que je suis
emprisonnée
il n'y a qu'un pas
à faire maitenant
pour marcher droit
pour marcher droit )
sinet nagenbe pelim balema yerhati nadam
silimarh abenem ilakou janoume nadam
den ajarh
den ajarh
kelemnar ima jain mendil jansenbde temnamat
silimarh berhendi benam hesoumne et nadam
tem bedni nam yerhati net matal den
net ajamarh
net ajamarh
( Il n'y a plus grand chose pour nous tenir au chaud
nous préserver de la fausse identité
à l'intérieur
enfiler comme une peau jour après jour
ce mensonge pour faire sourire les idiots
et quand le soleil se couche personne n'y prête attention
il ne brille pas )
That's the way it goes
and that will be 'til the end
until we could know
why the sky is crying
and then I'm sure
we'll live for real
asemnet jomnarh madja
koujarh temi netze merh
mil jabnal mil yemenda
saben baal jeleberhe
jinem adal berhendi nam di
denirh net oumal danii
jabendirhao seknet loome
jou saidebe net
( les oreilles bouchées, les yeux éteints
la main tendue au dessus du vide
tu crains la chute, tu crains la démence
qui appelle ce monde
il n'y a qu'un pas à faire maintenant, mais
on ne contrôle pas le dieu du destin
et parfois le cauchemard vit
sans limite )
hanii madja ajirh
net jemare
nagenbe bano ma ajirh
net jemare
ladarh aligarh jaela
metelia houseme mat
di metelia houseme
( du courage dans les yeux
ça ne suffit pas
des grandes pensées dans le coeur
ça ne suffit pas
et personne ne peut dire pourquoi
le malheur nous effleure
mais le malheur nous effleure )
That's the way it goes
and that will be 'til the end
until we could know
why the sky is crying
and then I'm sure
we'll live for real.
30 août 2010
Fin de...
On en a vu de toutes les couleurs, de toutes les formes
de toutes les odeurs, de tous les charmes
et les normes sont passées à la trappe
attrape nigaud, masque funéraire
pour les salauds qui gèrent nos affaires
nous disent ce qu'on doit faire
rappelent qu'on doit se taire et agir
tout pour le pays
on en a vu des choses, on a un paquet de souvenir
un paquet de linge sale et quelques bouquets de fleurs
quelques quais tout court, pour aller faire un tour
si l'envie nous prend d'aller passer le boujour
faut faire attention au point de non retour
pour les salauds qui gèrent nos détours
détournement des tours de passe-passe
des tours qu'on efface
On se lasse d'aller toujours au métro-boulot-dodo
on en a déjà assez de nous border les uns les autres
léchez-vous les uns les autres et n'oubliez pas les sots
astiquez les fauteuils où se vautrent nos apôtres
léchez-vous les uns les autres
Solidaires, solitaires, seul à terre, seul à ne pas se taire
seul à clamer l'impossible vérité de toute une société
on en a vu de toutes les couleurs, de toutes les formes
de toutes les odeurs, de tous les drames
on a bien vu ces dames et tous ces beaux messieurs
on a vu leurs larmes et leurs sourires mielleux
on a palpé la peur palpitante à leurs tripes
chauffées aux fers
On en a vu des vies gâchées, des vices cachés
des faux frères et des faux pères, des vrais impairs
de misérables miracles dont on mitraille la marmaille
qui piaille sans cesse pour plus de détails
de nouveaux horizons, dites vous ? Rien à foutre
décolle tes paupières et si tu veux scier la poutre
je te donnerai un coup de main, en ferais couleur la sève
pour trancher tes rêves une bonne fois pour toute
léchez-vous les uns les autres
et n'oubliez pas les sots
et pendant que certains cons pensent à Sion en priant pour le bonheur
on attends des compensations, le train n'est jamais à l'heure
vous pouvez pas passer votre temps à dire ATTENDEZ LE SALUT
à des ados prépubères en leur montrant vos culs à la télé
en 3D, HD, achetez messieurs-dames, achetez tant que vous pouvez
consommateurs cons à faire peur, grossière erreur dès le premier feu vert
tu te retrouves solitaire, seul à terre, seul à mentir à la terre entière
on écrira des jolis mots qui sonnent faux sur la dernière pierre
On se lasse d'aller toujours au métro-boulot-dodo
on en a déjà assez de nous border les uns les autres
léchez-vous les uns les autres et n'oubliez pas les sots
astiquez les fauteuils où se vautrent nos apôtres
léchez-vous les uns les autres
01 avril 2010
Le grand bocal doré
1ère à gauche, l'allée te semble vide. 1 pas, 2 pas, 3 pas, comme poursuivi, tu te faufile parmis les rats à moitié mort sous la coupole géante. Celle qu'ils nomment le "grand bol d'air". En réalité tout le monde sait bien qu'à l'intérieur aussi, c'est pollué, mais on se tait, c'est comme ça. Il y a des tabous partout, même chez nous, ceux d'en bas.
Tu cours, par pure paranoïa, ou par jeu, tu ne sais pas. Echappe toi, petit rat, le chat est derrière toi. Voix dans tes oreilles, la ritournelle du vagabond. En effet, il semblerait bien que tu ais détruit par inadvertance l'émetteur que le clan t'avais offert pour pouvoir te suivre partout - tu ne fais donc plus partie des nôtres.
Ne laissez pas trainer les idées sur le trottoire, quelqu'un pourrait les ramasser et ce serait un cauchemard. Trop tard, cet homme qui s'enfuit à bien toute sa tête, général. Alerte rouge ! C'est le chaos cérébral ! Il y a eu une erreur de calcul, jamais nous n'aurions du en arriver là. Le numéro 5 599 approche du périmètre de securité. Vous devez tout faire pour l'arrêter !
Repéré. C'est pas grave, tu iras plus vite. Sortir, sortir, retrouver ce visage de femme depuis longtemps oublié, éparpillié dans ton hippocampe vide, et puis une petite fille aussi, avec des cheveux courts, tu crois. Ici il est interdire de croire comme de penser. De rêver comme de rire. Dans le grand bocal doré, certains pourraient trouver leur bonheur, mais tu es un individu plus compliqué que ça.
Trois petits tours et puis s'en va, tu as déjà vu le soleil...
le ciel, souviens toi...
...il y a là bas les plus belles merveilles, comme les histoires d'autrefois...
Ne laissez pas trainer les idées sur le trottoire, quelqu'un pourrait les ramasser et ce serait un cauchemard. Trop tard, cet homme qui s'enfuit à bien toute sa tête, général. Alerte rouge ! C'est le chaos cérébral ! Nouvelle programmation pour l'individu en question, émetteur introuvable, toutes les données sont effacée. On l'a perdu. Mon général, c'était fatal, j'ai bien peur qu'il ne faille tirer.
Cours, cours, ne te retournes pas, pense à ceux qui sont là bas et non pas derrière toi.
Cours, cours, si tu perds trop de temps, c'est ta femme et ta fille que tu n'reverras pas.
Ne laissez pas trainer les idées sur le trottoire, quelqu'un pourrait les ramasser et ce serait le retour du cauchemard. C'est vrai, l'homme qui essaya de fuir avait bien toute sa tête, général. Vous êtes beaucoup trop bon, il faudrait plus de restrictions.
C'est ça qui est mauvais chez les habitants de la coupole, on leur donne suffisament, et il en veulent encore plus. Ca servira de leçon, demain, ça sera le canon.
Borborygmes
Le fou, tournant en rond en faisant comme attention à ne pas dépasser, tête baissé, les mains derrière le dos :
Parler pour... parler.
Une fin en soi, en quelque sorte.
Blablablablabla... quelle lassitude...
Je suis fatigué de tout cela.
Qu'on me pende ! Comme ça, VLAN !
Sans bavure. Bien net. Fini le blabla. Uniquement le... silence. Eternel silence !
Est-ce que tu vois le bout ? Pas encore. Patience, ami, patience, toi aussi tu auras ta chance. ( soupire )
Quelle lassitude ! Que c'est long ! Je n'aurais bientôt plus d'air frais. Je ne désire qu'une chose pourtant. Une... seconde... de répit. Une seule petite seconde ! Comment cela se passe t-il ? Faut-il une ordonnance ? Une lettre de
motivation ? Blablablablabla... Repasse, pour la paperasse ! Une prochaine fois... peut-être?
( s'énervant ) CESSE DONC DE PENSER TOUT FORT ! Tu vas finir par me saturer les oreilles. Et la tête entre les deux épaules ! C'est ... MOI... le sage. Et personne d'autre. C'est en effet sagesse que de chercher à finir... pour recommencer.
Si l'on me pend, je veux tout de même qu'on pense à me dépendre une fois réveillé. Sinon je mourrais. Si le sage meurt, les ignorants aussi. Et le monde tourne à l'envers; les gens se lavent avec de l'eau plutôt que de la boue, mangent de la viande plutôt que des cailloux, crient en pleurant, pleurent en criant et tout le tralala !
( s'énervant ) JE VEUX ... SORTIR ... D'ICI ! Echapper à la boucle ! Une brèche, une brèche dans l'estomac du serpent endormi, reveillé, rêve éveillé... sans bavure, bien net, VLAN, dans les dents. Faut pas prendre les sages pour des imbéciles, l'ami ! Vois tu enfin le bout ? Pas encore ? Oh patience, éternel silence, pourquoi me torturer ainsi ?
( change de sens presque sans s'en rendre compte, continue de tourner )
Allelluiah ! Je ne tourne plus dans le même sens ! Il semblerait que cela finisse par commencer, ou commence par finir, même si c'est un peu rapide pour un début... Je devrais peut-être marcher avec un pied dans un sens et l'autre, dans l'autre sens. Essayons... ( essaye ) ... cessons d'essayer, nous avons l'air stupide.
( au ciel, levant les bras, suppliant ) QU'ON ME PENDE, A LA FIN ! Au moins, je ne tournerais plus ! Mes pieds ne toucheraient plus le sol ! HAUT, haut dans le ciel, pendu à un nuage comme Icare aux rayons du soleil !
( sourire s'efface, bras retombent lentement )
( se remettant à tourner, position du début ) Il faut que je reflechisse encore un peu. Je vais continuer de tourner.
Parler pour... parler.
Une fin en soi, en quelque sorte.
20 février 2010
Imaginosphère
Créature déviscérale, trocdentaire, humanoïde abtéral, substancéabon de vipères faciales tu te largues du haut de la tour spéctodiques du jardin des impossibles.
Premièrement : Déventrarisation.
Tu perds ton temps à blablater des trucs que personne comprends, alors que t'y as foutu toutes les tripes de l'Imaginosphère. t'es l'artiste incompris, refusé partout même si t'as des papillons dans les yeux, des araignées au plafond et des fourmis dans les doigts tous les jours, même si t'as la volonté pour ça tous les jours tu te pètes la gueule au sol. Alors tu jettes tes tripes à la mangeuse-de-souvenirs. Puis tu les oublies.
Deuxièmement : dépressurisation oculaire.
Ca s'arrête plus ! Mais si tu continues tu vas t'noyer ! T'es tout seul, là, assis comme un con sur ta chaise, et puis tu prends ton bain lacrymal tout seul, t'as oublié le reste alors t'es capable de rien d'autre. T'essaye de chantonner un peu, mais l'eau s'engouffre dans ta gorge et tu t'étouffes. PUNITION. T'avais promis, tu t'souviens ? T'avais promis, alors t'as plus le droit. Faut que t'embarques là, tu sais que c'est plus possible.
Alors troisièmement : Là t'as deux choix, deux types de navire.
Refuturisation : Tu prends la première à gauche, ou à droite enfin tu vois quoi, puis tu regardes un peu partout, du côté des autres et de leurs papiers dorés, leurs beaux costumes cravate ( une belle coutume-savate, si tu veux mon avis...) et tu cours partout pour trouver le bon jeu, le bon gibier de potence qui embauchera ta carcasse. Faut qu'tu saisisse ta chance avant que le train passe.
Soumarinisation : BIIIIP TROP TARD ! MAYDAY MAYDAY ! T'es déjà dans les sables mouvants, tu dors dans la crasse des gens que tu lasses avec tes mains tendues, tes suppliques de troglodite. Mais regarde là, y'a quelqu'un qui t'as vu. Une petite fille ! Avec de l'or dans les cheveux, et du chocolat dans les yeux... Ni déviscérale, ni trocdentaire, elle est juste là, et elle te regarde. Elle marche, tend sa main fermée au dessus de la tienne, et y dépose un bonbon. Et là, malgré tout, tu souris. Jusqu'aux oreilles.
Parce que elle, elle vient de l'Imaginosphère.
loque humaine
AAAAAAAAAAAAAAAH !! Le voilà, le personnage visqueux avec sa tête étrange et ses couleurs en noir et blanc ! Il a pas de nom, mais personne l'appelle, de toute façon, alors à quoi ça servirait ? Tu sais pas, toi, tu sais rien et t'as jamais d'avis sur la question, qu'est c'tu racontes toi, derrière ta barbe verte ? T'as même plus de dent, toi, alors que lui il en a 36, comme les chandelles que t'allumes lors des pannes de courant, puis tu vas acheter des ampoules, et t'y vas en courant, alors t'as mal aux pieds, t'as chopé des ampoules, mais t'y retournes en courant, avant de t'apercevoir que c'est c'est l'compteur qui tourne pas rond, comme ta cervelle d'oiseau. Lui, des oiseaux, il en a 40, mais toi tu t'en moques comme de l'an quarante. Y'a plus de son après tout, après tout ce qu'il a vécu, les chèvres et les pas mures, les boucliers de braises, les tornades tropicales et les sempiternelles batailles des égarés ! Il a tout vu, pauvre homme ! Les ballustrades, les champs de coton, les amours mortes, les vilains mots qu'on balance à la casse, brisé en deux, qu'il est, pauvre homme ! Regarde comme il est visqueux ! Il COULE comme un camembert trop fait, surfait, refait et re-refait ! Il a trop cogité sur le pourquoi du comment a t-il fait pour survivre à la misère du monde ?! La blonde était là, étendue sur les pavés, il l'a même sauvée d'une mort PLUS que certaine, une bonne centaine de fois, et des foies, quand t'en à cent, tu peux t'marier à la bouteille, j'te jure ! J'l'ai vu de mes propres mirettes pas nettes, il est si visqueux qu'ses bras touchent le sol quand il marche sur les pavés d'la blonde. Il parle pas lui, c'est toujours son dernier souffle quand il écarte les lèvres pour murmurer "je t'aime" à des passants hagards. Il fuit les regards, pourtant l'est pas farouche, pauvre homme, qu'il a vécu ! Et les piqures d'Epicure, les intraveineuses haineuses du nouveau chemin, toutes ces ptites fleurs bleues qu'il cueuillait en vain, pour les autres. Il lui reste seulement quelques plaies encore ouvertes, au début il s'y plaisait dans sa bouillasse de masturbation intellectuelle, il parlait pour rien dire, mais il parlait quand même, alors qu'aujourd'hui il a même plus de langue, pauvre homme ! Il baragouine avec les oreilles, c'est son métier, l'est comédien... BAH OUI ! Pouvait pas faire autre chose. On a bien essayé pourtant. Vendeur de tapis, mais il fumait la moquette; assistant du medecin, mais il piquait les s'ringues; serveur dans un bar, mais il buvait les consos des clients ! C'est une LOQUE, j'vous dis ! UNE LOQUE ! Foutu miroir. Un jour j'te balancerais aux ordures.
11 janvier 2010
1er chapitre de mon roman "Le décentré"
I
L’individu nommé Nalren monta dans le bus, posant l’un de ses deux pieds nus devant l’autre, puis l’autre devant l’un et ainsi de suite, doucement, pas à pas, comme tous les samedis. Il montait toujours dans le bus comme cela, et regardait ses pieds jusqu’à ce qu’il bute contre la cabine du chauffeur, à qui il disait toujours « Bonjour, monsieur » et qui lui répondait toujours « Bonjour Nalren, comment vas-tu aujourd’hui ? ». Alors il allait s’asseoir en silence, puisqu’il ne savait jamais quoi répondre à cette question. Il regardait toujours ses pieds.
C’est aussi comme cela qu’il monta dans le bus ce jour là, mais le chauffeur ne lui demanda pas comment il allait. Il avait comprit que c’était inutile. Alors Nalren composta son ticket et alla s’asseoir en silence. Il s’installa à la même place que d’habitude, dans la rangée de gauche, côté fenêtre, juste derrière la porte du fond, pour mieux voir les gens qui descendaient. Il aimait regarder leurs visages, essayer de deviner leurs âges, compter le nombre de personnes ayant les yeux bleus, les cheveux blonds, petites ou grandes, minces ou grosses. Lui-même avait une apparence en somme toute banale. D’une taille moyenne, il n’était ni gras ni maigre, peut être avait-il un peu de ventre, mais il le cachait bien. Il avait les cheveux bruns, courts et ébouriffés, qui le faisait paraître plus jeune qu’il ne l’était en réalité, le visage ovale avec des pommettes saillantes, une petite bouche aux lèvres fines et un nez aquilin, planté au milieu de son visage comme un arbre dans le désert. On distinguait à peine ses sourcils, ce qui lui donnait un regard assez inexpressif, et dans son œil marron, on ne voyait pas grand-chose, que des souvenirs perdus à jamais et des gens qui passaient.
Parmi les personnes qui descendaient du bus, il y avait celles qui étaient seules. Ces personnes là affichaient souvent des visages neutres et plats, tellement neutres et tellement plats qu’on les aurait crues sans présent. Elles étaient sûrement pleines des vides du passé, et vides des trop pleins de l’avenir. Nalren appelait ces passagers les marcheurs de non-chemin. Il y avait aussi des couples, des amis, des familles qui discutaient de couples, d’amis et de familles. Ceux là riaient, plaisantaient ou s’embrassaient, et ne pensaient qu’au présent. Celui qui s’asseyait toujours juste derrière la porte du fond saisissaient alors chaque sourire, chaque poignée de mains, chaque mot qui volait autour de sa tête, chaque regard qui se perdait dans le vague, et les attrapaient pour les contempler longuement. Ces passagers là étaient vivants, et Nalren les appelait les chevaucheurs d’allégresse.
Lui, il était seul. Mais il ne se considérait pas comme un marcheur de non-chemin. Pour être marcheur de non-chemin, il fallait se perdre dans ceux du passé et de l’avenir.
Or il n’avait pas de passé, et il ne se souciait guère de son avenir. Il était simplement là, et cela lui suffisait amplement. Il aimait vivre au jour le jour. Ou peut être pas, il n’en était pas certain. Après tout, de quoi pouvait-on être certain, dans un monde régit par l’incertitude ?
Nalren descendit du bus après les 20 minutes de trajet qui séparaient l’arrêt Auguste-Métivier de la gare d’Austerlitz et marcha en direction du Jardin des Plantes, comme tous les samedis. Il y avait toujours beaucoup de monde le week-end, même par un frais mois de septembre comme celui-là. Il franchit la grande grille de l’entrée, et fut empli de la même sensation de vie que d’habitude. Nalren respira profondément et sentit qu’il était heureux. Alors il prit comme d’habitude l’allée de gauche, marcha un peu, puis s’arrêta pour saluer les fleurs. Une femme en hauts talons courrait vers la sortie, et perdit son portefeuille lorsqu’elle arriva juste au niveau de Nalren, qui le ramassa, l’interpella et le lui tendit. La femme se retourna, un peu essoufflée, le rouge aux joues, et récupéra son bien avec un grand sourire en le remerciant chaleureusement, avant de reprendre sa course.
« Elle est amoureuse… » se dit Nalren. Et il décida d’imaginer le visage de l’être que cette femme aimait.
Il partit s’asseoir sur le banc le plus proche et sortit son repas de midi, qu’il remercia d’avance du bien qu’il ferait à son estomac. Il essayait toujours de discuter avec sa nourriture, mais elle ne lui répondait jamais, alors il ne faisait que lui dire merci et se mettait à manger en silence. Nalren mâchait lentement, comme un vieil homme au dentier instable, et savourait chaque bouchée, même si ce qu’il avalait était souvent d’un goût assez désagréable. Il n’avait jamais su cuisiner. Quand il eut fini, il entama une conversation très intéressante sur les femmes amoureuses avec le petit moineau qui s’était posé sur le banc, juste à côté de lui. Mais les moineaux n’étaient pas très intelligents, alors il abandonna bien vite, et se dirigea vers la ménagerie. Arrivé au niveau du guichet, il sortit son petit-plein-de-sous, et entreprit une fouille archéologique pour trouver les sept euros que coûtait l’entrée du zoo.
« Hé, bonjour Nalren ! Tu es bien élégant aujourd’hui, dans ta belle veste à carreaux ! »
Cet homme, dans la petit boîte octogonale, c’est celui qui dit bonjour à tout le monde et qui reçoit les sous des visiteurs. Nalren le trouve gentil, et il aime bien sa casquette marron en forme de patate chaude aplatie. En plus, il trouve ça bon, les patates chaudes.
« Merci monsieur Victor, c’est la voisine qui me l’a donné ce matin pour mon anniversaire.
- Oh ! Bon anniversaire, alors ! Mais je pensais que tu ne connaissais pas ta date de naissance ? s’interrogea Victor en levant les sourcils
- Ce n’est pas que je ne la connais pas, expliqua Nalren, c’est juste que je ne suis jamais né. C’est le maire, monsieur Coste-Hubert qui a décidé que le 13 septembre sera le jour de mon anniversaire. »
Victor ne releva pas la remarque étrange de son interlocuteur, il n’était pas rare que Nalren dise des choses sans aucun sens Par contre, il le repris sur sa faute de conjugaison.
« On ne dit pas « sera » , mais « serait » le jour de mon anniversaire.Ça vous dérange, que ce ne soit pas gramme-à-tes-calmants correct ? demanda Nalren, toujours soucieux d’être poli et de n’embêter personne.
- Je préfère dire « sera ». J’aime bien quand un mot finit par la lettre « a ». En plus, elle doit en avoir assez d’être toujours la première dans l’alphabet, alors ça doit lui faire du bien de partir en voyage à l’autre bout de temps en temps. Et puis c’est une jolie lettre.
- Tu as raison, c’est une bien jolie lettre. Mais ce n’est pas grammaticalement correct…
- Ça vous dérange, que ce ne soit pas gramme-à-tes-calmants correct ? demanda Nalren, toujours soucieux d'être poli et de n'embêter personne.
- Ça dérangerait sûrement ma femme, qui est professeur de français, mais moi je m’en fiche, avoua Victor. C’est juste que j’ai l’habitude d’entendre quelqu’un me sermonner sur mes fautes de grammaires, et que j’ai tendance à reproduire le schéma.
- Je ne connais pas votre femme. Mais si cela ne vous dérange pas vous, c’est le principal, décida Nalren.
- C’est vrai, c’est le principal. De plus, il y a très peu de chances que tu rencontres ma femme un jour, puisqu’elle ne vient jamais me voir au travail, fit l’homme avec une moue boudeuse…
- Peut-être qu’elle a peur d’être trop à l’étroit si elle vous rejoint dans votre petite boîte, ou qu’elle n’aime pas apprendre à parler français aux animaux.» suggéra Nalren de bon cœur.
Les visiteurs qui attendaient de payer leurs entrées commençaient à s’impatienter, et se demandaient si l’attraction principale de la ménagerie n’étaient pas plutôt sur le seuil qu’à l’intérieur même. Seuls les enfants semblaient trouver la conversation de Nalren et monsieur Victor digne d’intérêt, et riaient des choses étranges qui se disaient à l‘entrée de ce zoo.
« Bon, eh bien puisque c’est ton anniversaire, aujourd’hui la visite est gratuite pour toi, dit l’homme de la petite boîte avec un grand sourire.
- Merci, c’est très aimable à vous, fit Nalren en inclinant la tête. Bonne journée, monsieur Victor.
- À toi aussi Nalren. Mais la semaine prochaine, mets des chaussures, ou tu risque de te faire croquer les pieds par un caïman affamé.
- Les caïmans savent-ils cuisiner ?
- Je ne pense pas, Nalren.
- Alors comment pourraient-ils me manger ? »
Victor resta stupéfait pendant un instant, ne sachant que dire face à une telle logique. Celui qui marchait pieds nus n’attendait de toute façon pas de réponse, et il partit.
L’homme de la petite boîte sourit en le regardant s’éloigner, et se dit que Nalren lui donnait parfois des leçons de simplicité magnifiques, et qu’il était loin d’être aussi bête que ce que tout le monde pensait. Il était juste différent des autres.
- Les caïmans savent-ils cuisiner ?
- Je ne pense pas, Nalren.
- Alors comment pourraient-ils me manger ? »
Victor resta stupéfait pendant un instant, ne sachant que dire face à une telle logique. Celui qui marchait pieds nus n’attendait de toute façon pas de réponse, et il partit.
L’homme de la petite boîte sourit en le regardant s’éloigner, et se dit que Nalren lui donnait parfois des leçons de simplicité magnifiques, et qu’il était loin d’être aussi bête que ce que tout le monde pensait. Il était juste différent des autres.
15 décembre 2009
Clara
Et Vi danse Elle danse Mais a t-elle réellement conscience qu’il y a quelqu’ un qui vit pour elle Un peu plus chaque jour Au-delà de l’amour Plus qu’une amie, comme une mère À la fois une sœur et un frère Alors pourquoi Te détruis-tu, Clara ? J’ai vu des blessures dans tes yeux De celles qu’on ne guérit pas J’aimerais te forcer à sourire Pouvoir faire repousser tes ailes Mais elle est ta seule raison de vivre Et tu pourrais mourir pour elle Moi je me sens comme étrangère À toi, Clara, qui m’es si chère Comme spectatrice d’une guerre Dans la quelle je ne combats pas J’ai l’impression que tu es là Tout étant si loin de tout Tout en étant si loin de moi Et Vi danse Elle danse Mais a t-elle réellement conscience qu’il y a quelqu’un qui vit pour elle Un peu plus chaque jour Au-delà de l’amour Plus qu’une amie, comme une mère À la fois une sœur et un frère Alors pourquoi Suis-je si seule, Clara ? Ne serais-je qu’une main de passage Seulement une épaule, un visage Est-ce que je ne fais qu’empêcher Ton cœur de cristal de céder Ou bien de devenir trop dur Serais-je là pour détruire ces murs ? Moi je me sens comme inutile A toi, Clara, aux mille idylles Pleine d’un vide qu’on ne peut combler Même par l’amour ou l’amitié J’ai l’impression que tu es là Comme des larmes entre mes lignes Comme des larmes entre mes doigts Une petite sœur Un brin de peur J’aimerais voir Tes vrais espoirs Que seule la victoire connaît Et qui suivent les étoiles filantes dans leurs regrets Jeune fille à la mer Au grés du vent Trouve tes repères Ton cœur d’enfant n’a pas cessé de grandir Laisse moi entrevoir un seul de tes sourires Et Vi danse Elle danse Mais a t-elle réellement conscience qu’il y a quelqu’ un qui meurt pour elle Un peu plus chaque jour Au-delà de l’amour Plus qu’une amie, comme une mère À la fois une sœur et un frère Et je pense À toi Si jeune et emplie de tristesse Serait-ce la vie qui te teste ? Un peu plus chaque jour Et la mort et l’amour Mais si c’est ta vie qu’on enterre Je ferai monter les enchères Alors crois-tu Vraiment que ça lui plaise De voir dans tes yeux tant de plaies Et toutes ces conneries que tu fais Tout ces petits riens, ces détails Qui nous retournent les entrailles À nous tes ombres, à nous tes soeurs À nous tes gardiennes du bonheur Moi j’ai quelque chose à te dire Clara, si tu entends ces mots Ça fait mal de te voir souffrir À tel point que mon cœur est gros À tel point que mon cœur en meurt Je me rend compte de mes erreurs J’ai cru pouvoir sécher tes pleurs Elle ton étoile et toi sa reine Elle est l’antidote à tes peines Comme une évidence, Vi mène la danse Vi mène la danse En silence
Porte Dauphine
La fille du café était belle quand elle portait la tasse à ses lèvres immobile, paysage irréel lorqu'elle attendait que l'on la serve et toi, l'innocent voyeur amoureux derrière la vitre tu rêvais de l'emmener sur la l'une, inconsciente muse, emplie de caféine et l'autre, musicien solitaire de la porte Dauphine La fille du café était belle elle faisait de toi un homme oiseau il est dit que l'amour donne des ailes mais qu'il nous fait tomber de plus haut et par une douce soirée d'hiver tu as vu qu'elle s'attardait, s'attardait au comptoir comme un pieu dans le coeur elle est partie au bras du serveur Et moi l'innocent compteur, et mon encre de Chine assis à la terrasse du bar-tabac d'en face j'écrivais ainsi, chargé de nicotine l'histoire du musicien de la porte Dauphine
